• Christine BERODIER

Des contes et des ogres..



Longtemps nous avons cru que les contes venaient nous enchanter, jusqu'à ce que nous comprenions que derrières les histoires "à entendre" souvent terribles si ce n'est terrifiantes, se cachaient une morale, des conseils et une mise en garde, qui nous enjoignaient de regarder par delà les "appâts-rances" et de certaines prétendues sécurités familiales tout comme celles d'au-dehors..


Si les contes de Fées ou de Sorcière ne s'écrivent plus guère, ces Ogres là ne s'en sont pas allés pour autant, raison pour laquelle il est plus que temps de réactiver ces histoires qui depuis des temps immémoriaux, mettent en garde et enseignent aux plus jeunes, comment se méfier et se protéger de ces "dévoreurs" d'innocence, qui portent bien souvent le visage de "monsieur tout le monde", ou pire encore, celui de quelqu'un de confiance..

Les Ogres sont toujours parmi nous..

Les siècles ont passé et si certaines hautes qualités et valeurs morales n'ont pas résisté aux temps, il est des pratiques des temps obscurs de certains zhommes qui sont elles, toujours en vigueur et se sont transmises comme une lèpre morale.. Pourquoi me direz-vous ? Parce que parmi ceux garants des codes de nos sociétés d'aujourd'hui se tiennent encore certains des personnages d'hier.


Il fut un temps où l'on parlait à mots couverts de ces terreurs tapies dans le silence des maisons et de l'endormissement de la nuit ; du grincement des portes de ceux qui profitaient de l'obscurité pour apaiser un appétit insatiable, dévoreur d'enfance.



Source image Pixel 2013 - Pixabay


Les prédateurs nocturnes ont été mis en contes par ceux, victimes ou témoins, qui décidèrent dans un même élan et quelle que soit l'époque, de mettre en garde les enfants et les jeunes gens. Longtemps, il nous fut raconté l'histoire sinistre de ces "barbes bleues", blanches, blondes ou noires et de tous ces imberbes, qui représentaient une véritable menace envers les potentielles victimes qui n'y prenaient pas garde. Et c'est ainsi que l'on pouvait se réfugier au plus près d'une mère ou d'une fratrie, qui faisaient office de de Fées ou de Féetauds protecteurs, qui dés lors devenaient des remparts aux assauts de l'Ogre, avide des petits corps assoupis.

"Il était une fois", une mémoire collective qui tel un lac sous-terrain, alimente le flux des imaginaires qui nous relient tous, les uns aux autres. Des temps de sagesse orale où les messages cachés et autres allégories, informaient durant les veillées et autres rituels d'endormissement, des risques que représentaient ceux, porteurs de cette part d'ombre qu'ils cachaient sournoisement (ou pas) sous les masques bon enfant.


Quand le groupe était fort, bientraitant, organisé, il pouvait se prévaloir de stratégies où chacun était dont prévenu et informé à mots couverts, sur ces nuits qui cachaient des secrets et ces coffres où reposaient les empreintes des délits contre l'innocence. Tous devaient être sur leurs gardes et alimenter ce réseau et les protections qui en ces temps sans lois pour l'enfance, mais de forts clans familiaux, fomentaient autant se faire ce peut, des parades pour brouiller les pistes et semer les velléités prédatrices, des monstres réveillés.


De la méchante marâtre, aux destinées tragiques des orphelines, de ces fratries officielles ou hors lit conjugal qui s'entre-déchirèrent, il reste dans notre héritage immatériel des secrets cachés, des traumatismes, des injustices terribles dont on ne pouvait parfois se confier à personne. Le conte prenait dés lors toute sa force de talisman, d'enseignement par la transmission de ces Aînées qui initiaient ainsi les plus jeunes, les plus à même de subir ce qui ne se disait ô grand jamais, trop clairement ou trop directement.


Combien de fables expliquent à l'enfance en danger comment se cacher, comment fuir, comment se rapprocher d'un protecteur qui saura veiller sur lui ? La complicité avec des aînés qui ont le pouvoir de mettre les plus petits en sécurité par des stratégies et des plans aux airs fantastiques ?


En ces temps anciens qui résonnent encore de nos jours, certains de ces contes nous rapportent que ceux censés protéger les plus petits, la communauté ou la justice, s'en prenaient parfois aux victimes dés lors qu'elles étaient connues. Celles-ci se voyaient par un tour de magie bien noire et en tout cas nourri des pires sanies, emberlificotées dans une culpabilité qui portaient pour l'occasion le masque illusoire de la provocation ou pire encore, d'une volonté délibérée à attirer ce mal qui se nourrissait de la pureté enfantine.

Dans cette pseudo "justice" à la sauce patriarcale, ou d'un communautarisme du même tonneau, il n'y aurait donc pas de victimes, mais seulement des corps coupables d'être tentateurs car porteurs d'une enfance et d'une beauté qui serait trop innocente, à l'esprit prédateur ; celui qui sommeille, tapi dans certains de ces êtres obscurs ne possédant même pas les clefs élémentaires de leur propre contrôle.


"Des Ogres se cachent dans tous les milieux et l'on aurait grand tort de croire ou d'affirmer le contraire"..

Tout ceci se passait il y a de nombreux siècles et le plus triste et sans nul doute que pas un seul d'entre eux, entre hier et aujourd'hui, ne s'est donné suffisamment de moyens pour empêcher que ne soit transmise la pire de ces ogritudes, qui considère encore que "l'Autre" lui appartient dés lors qu'il est le plus fort ou que la victime est de sa propre famille ; dans une sorte de tradition bestiale et de "droit de propriété" indécent.



Mais... Qu'on se le dise et redise...


"Il était une fois un monde tout juste éclos, où chacun prêta serment gravé en lettres d'Ors, où il fut décidé que plus jamais, au grand jamais, il ne serait possible de laisser faire un Ogre affamé dans le silence de la nuit, que plus jamais il n'y aurait de ruisseaux et d'océans de larmes dans les oreillers des plus petits et des plus innocents. Un jour où la Lune était au plus haut, sous les feux flamboyants des plus puissantes Étoiles, des Mères brandirent leur épée de Vie, des frères et des sœurs, des tantes, des oncles, des grands-parents dressés en un seul grand corps, soutenus par une justice d'airain enfin éveillée, décidèrent ensemble et désormais, de rendre impossible ce qui était désormais considéré comme le plus grave du pire des crimes. A partir de cet instant-là, tous les enfants du monde et tous les jeunes gens purent enfin grandir en sécurité, sans plus avoir à transmettre et à porter le poids intolérable des agissements obscurs de ceux aujourd'hui tous disparus, à qui l'on avait à peine laissé un entrefilet d'information "pour mémoire" dans la bibliothèque de "l'histoire des monstres assoiffés d'innocence".



Les "Petit(e)s futé(e)s" que nous sommes auront su relever que la peur du Loup est restée gravée dans certains imaginaires aujourd'hui encore parce qu'elle a été sciemment entretenue, tandis que celle des Ogres fut balayée par l'opportun silence et les secrets enfouis au plus profond des psychés...






Source image : JoshuaWoroniecki - Pixabay



#Contes #RitesSociaux #ilétaitunefois #mémoires #transmissions #Inceste #Pédocriminalité #Ogritude #patriarcat #Justice #Famille #letotemlaplume


16 vues0 commentaire